Sagesse des foules, politique et open-source

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Le Ministère de la ville, de la jeunesse et des sports m’a proposé de parler de leur projet participatif Égalité-Citoyenneté. C’est l’occasion de revenir sur un sujet fascinant : la sagesse des foules, appliqué à la politique ! Avec un peu de science dedans.

Comme vous avez pu vous en douter avec le DBY #19 – La sagesse de YouTube et avec la proposition de sujet pour le prochain Let’s Play Science : “Comment faire collaborer 5000 cerveaux en même temps ?”, le sujet de la collaboration intelligente entre humains est un sujet qui me fascine autant qu’il m’intrigue. Mais si il est possible d’estimer le nombre de bonbons dans un bocal simplement en faisant la moyenne des avis indépendants des membres d’une foule, il est moins facile de concevoir une voiture ou d’écrire un projet de loi avec cette méthode.

C’est moins facile, certes… mais est-ce vraiment impossible pour autant ?

Pour la voiture, il existe le projet OScar, qui a rassemblé quelques milliers de personnes pour concevoir une voiture open-source, et pour le projet de loi, il existe… de nombreuses initatives. En effet, des tentatives issues de la philosophie du logiciel libre émergent depuis quelques années et des outils sont conçus pour laisser aux citoyens la possibilité d’émettre des avis ou des suggestions sur des projets législatifs dans leur pays et ils sont encore très mal connus.

En France, un pionnier était le Projet de loi pour une République Numérique, qui a permis fin 2014 aux internautes de voter sur la qualité des articles de loi proposés, et de donner des suggestions pour les améliorer. Au total, 147000 votes par 21000 participants ont contribué à améliorer le projet de loi.

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Le logo est pas fifou par contre.

L’idée d’une plateforme pour sonder l’opinion populaire sera reprise en février 2016 avec le projet de loi « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages » , et c’est aujourd’hui au tour du projet #Égalité – Citoyenneté de faire appel aux intelligences individuelles des citoyens pour proposer des idées sur 8 défis, allant de la réussite des élèves à l’école aux moyens de lutter contre la recrudescence actuelle du racisme.

Faire contribuer des personnes indépendantes pour trouver la meilleure solution possible est une méthode qui s’appelle le crowdsourcing, et des variantes se retrouvent dans des disciplines plus techniques, comme dans la programmation (StackOverflow), ou la réponse à des controverses scientifiques (Controversciences). Mais jusqu’à récemment, l’équivalent n’existait pas pour les débats citoyens.

L’une des raisons de ce retard peut probablement s’expliquer par un constat : la politique n’est pas un simple problème d’optimisation comme trouver le nombre correct de bonbons dans un bocal ou la meilleure solution technique pour coder un programme. Il n’existe pas forcément une seule solution correcte, et ce qui est “la bonne solution” est forcément contextuelle et très variable dans le temps (un biologiste évolutif dirait qu’en politique il y a plusieurs pics adaptatifs, et qu’ils sont dynamiques en plus, mais on s’en fiche un peu, pour le coup).

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La seule bonne solution : 0 dans le bocal, tous dans mon ventre.

Comme les besoins de la démocratie participative sont particuliers, il faut concevoir des outils particuliers. Aujourd’hui, la participation du public dans la politique est basée sur une infrastructure qui, comme l’énonce la développeuse Pia Mancini, a été inventé il y a plusieurs siècles. L’infrastructure même de la démocratie représentative est une solution trouvée à l’impossibilité passée de faire participer tous les citoyens directement, et la fréquence très faible des votes est également issue de la difficulté de les rassembler physiquement en un point et un moment unique pour participer à la vie publique.

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Le vote en 2016.

Les projets combinant technologies actuelles et philosophies comme la gouvernance open-source entendent justement actualiser la façon dont les citoyens peuvent interagir avec l’appareil politique, et des plateformes comme DemocracyOS, développé par @PiaMancini, ou comme Égalité-Citoyenneté, développé par le ministre @PatrickKanner et son équipe, sont quelques exemples parmi de nombreuses tentatives encourageantes. Il ne s’agit pas juste de voter pour ou contre, mais également de débattre et de proposer des solutions alternatives, bref, ces outils prennent en compte certains des besoins fondamentaux de la discussion politique.

La philosophie open-source et les outils du web vont-ils changer la façon dont on fait de la politique ? C’est fort probable. Dans d’autres pays comme l’Islande, le peuple a été consulté directement pour changer la constitution, et le phénomène arrive aujourd’hui en France.

Un changement de support technique peut avoir énormément de conséquences : en mettant progressivement à jour une infrastructure démocratique qui déjà bien vécu, il peut influer sur la façon dont nous pouvons participer à la vie politique de notre pays, et la tendance actuelle de rapprocher celle-ci des smartphones et ordinateurs des citoyens me semble aller dans une direction très encourageante.

Cet article a été écrit avec le soutien du Ministère de la ville, de la jeunesse et des sports, vous pouvez participer au projet Égalité-Citoyenneté en ligne ici : http://egalite-citoyennete-participez.gouv.fr/