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Top 6 des raisons pour lesquelles je n’aime pas les tops ( et top 1 des idées pour changer ça)

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Préambule-inutile-mais-sait-on-jamais : il s’agit ici de mon avis, qui est certes étayé par quelques arguments et sources, mais qui est avant tout issu de mon ressenti vis à vis des Tops d’information ou de vulgarisation. On peut en débattre ici.

Bref, à mon avis le monde de l’information sur internet est malade, et les listes (ou « Top ») en sont le cancer. Voici 10 raisons pour vous en convaincre.

Top 6 des raisons pour lesquelles je n’aime pas les tops

 

1. Les Tops sont partout

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Ici, un fil d’actualité facebook sauvagement attaqué par des Top 5 Des Chatons À Voir Avant de Mourir

 

Les fils d’actualités des réseaux sociaux sont remplis à ras-bord de « 18 personnes que vous allez forcément croiser à la plage cet été » , de « Top 10 des jeux vidéo qui ont brisé des amitiés » et autres « 7 Choses interdites en Corée du Nord« .

Les rédactions qui avaient pu autrefois promouvoir la création de contenus fouillés comme jeuxvideo.com avec Crossed ou allocine.fr se mettent aujourd’hui à produire du Top en masse, parfois au prix de changements de ligne éditoriale assez … radicaux.

D’autres sites sont d’ores et déjà spécialistes de ce format comme Topito ou Buzzfeed, ce dernier ayant eu une croissance météoritique les 2 dernières années. Même les médias classiques s’y mettent, comme le journal Libération !

L’usage du terme anglais du « top », le « listicle » (ça rime avec… ouais, non.) a en fait carrément explosé depuis 2013 :

 

 

2. Les tops ne hiérarchisent rien

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Dans la longue tradition du journalisme jaune, le top est un format facile à écrire, facile à lire, et facile à oublier. L’essentiel du travail est de prendre une liste de sujets vaguement connectés par un thème, de les ordonner selon un ordre en général arbitraire qui ne relève que du goût personnel de l’auteur et qui n’est pas informatif. Par exemple, j’aurais pu mettre mon numéro 2 à la place du numéro 1 dans cet article.

Ce qui est problématique, c’est qu’en faisant cela, la liste a tendance a parler sur le même ton de sujets qui sont anecdotiques et de sujets qui ne le sont pas. Le fait de ne pas pouvoir porter le même prénom que le dirigeant Nord-Coréen est, dans une liste comme « 7 Choses interdites en Corée du Nord« , mis au même niveau que l’imperméabilité totale du pays aux médias étrangers. L’un est anecdotique, l’autre pousse le dictateur à kidnapper des réalisateurs sud-coréen

 

3. Les tops vous encouragent à la passivité en tant que lecteur/spectateur

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Le but des listes -comme elles sont conçues actuellement- n’est pas vraiment d’élever l’esprit (au sens de l’aider à construire une réflexion).

Non, il s’agit surtout de l’occuper le temps de faire rouler la molette en bas de la page en laissant le cerveau regarder passivement la liste des 15 trucs que seuls les gens qui ont un chat collant comprendront, ou de le distraire le temps de regarder le top 5 des acteurs morts pendant un tournage.

Les contenus sont en général calibrés pour occuper des périodes d’inactivité : les listes sont facilement lisibles sur smartphone, et les vidéos tendent à durer autour de 5 minutes. Elles remplissent l’ennui avec de l’information qui est ingérée sans effort. Le format court empêche de rentrer dans les détails et exclut toute explication réelle du sujet : on ne fait que l’effleurer. Peut-on vraiment imaginer apprendre quoi que ce soit de concret d’une vidéo de 6 minutes sur un sujet aussi complexe que les trous noirs ? Spoiler : non. On ne peut pas.

 

3.Les tops n’offrent aucune réflexion

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Ci-dessus, typiquement le genre de réaction rarement provoquée par une liste.

Le format est minimaliste : une suite d’anecdotes courtes eeeet… c’est tout. L’introduction (si il y en a une) ne sert qu’à présenter rapidement le thème général qui justifie le regroupement des sujets dans le même article ou la même vidéo. L’absence de conclusion, de thèse, d’analyse d’ensemble ou de réflexion qui dépasse le cadre des anecdotes rapidement présentées fait que le Top n’offre (par définition) que de l’information brute. Pas de clé de compréhension, pas d’élargissement vers une thématique plus large. Le contenu en sagesse nette ajoutée* est minime sinon nul.

Problème : une information pure a tendance à s’évaporer très vite si elle n’est pas soutenue par un cadre théorique. Dans une liste, pas de message d’ensemble sur lequel l’esprit puisse réflechir après avoir absorbé le contenu. Pas d’idée contre-intuitive à mâchonner des heures après, rien. Le public n’en retirera pas grand chose sinon une liste d’anecdotes.

* : je viens de l’inventer et… ça claque non ?

 

5. On s’en fout tellement des chiffres du top…

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… que vous n’avez même pas remarqué que j’avais mis deux fois le numéro 3. Bon, vous l’avez peut-être remarqué, mais… est-ce que vous aviez remarqué que les deux points disent exactement la même chose ? À savoir : le top n’encourage pas à la réflexion chez le lecteur / spectateur. En plus d’être organisés dans un ordre random et d’être non-hiérarchisés, les découpages dans une liste sont complètement arbitraires.

 

6. Les tops attirent votre cerveau mais ne le nourrissent pas

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Ce n’est pas si étonnant si ce format marche aussi bien : le cerveau aime les listes pour tout un tas de raisons. Parce qu’une série de points est un objet plus spatialisé qu’un gros paragraphe, parce que l’on sait d’avance le nombre d’informations que l’on va absorber, parce qu’une liste engage moins qu’un texte construit et que l’on se sent moins coupable de la quitter, parce qu’elles sont rassurantes, etc.

Le problème c’est que notre cerveau n’en retient pas grand chose. La raison se cache probablement derrière notre histoire évolutive, qui a fait de nous un animal accro à la narration (autopromo, aucun complexe). En tout cas de nombreux travaux penchent dans ce sens, et si nos capacités de mémorisation et de réflexion ont besoin d’une bonne histoire pour se mettre en branle cela laisse penser que le Top a peu d’avenir comme format pour convoyer de l’information qui a un sens, et qu’il va rester un format restreint au divertissement brut.

À moins que…

 

 

Top 1 des raisons qui pourraient faire que ça change :

 

1. Le top pourrait faire du storytelling

Si on reprend la base, la liste (ou top, ou listicle, ou ce que vous voudrez en fait) n’est qu’un format parmi tant d’autres. Ses frères et sœurs sont le poème, la prose, le conte, la pièce de théatre, la narration non-linéaire, etc, et chacun a su se démarquer avec plus ou moins de brio dans la transmission d’émotions ou de réflexions.

Le poème, par exemple, se marie avec merveille pour faire de la vulgarisation scientifique de qualité.

On peut parler de science et faire un stand-up.

On peut même parler d’évolution avec du hip-hop !

648x415_charlton-heston-jouait-moiumlse-dix-commandements-1956-nous-joue-devin-tendancesDe leur côté, les listes ont permis de faire des trucs assez puissants comme les 10 commandements ( Top 10 des façons d’être un bon hébreu ), un bouquin très particulier d’Umberto Eco, et en poésie elles permettent même une figure de style qui a été rendue célèbre pour avoir été utilisée par un certain Zola… Elles pourraient être un excellent outil parce qu’elles attirent le public, parce qu’elles sont non-ambigues, concises, permettent d’organiser les informations efficacement, que je considère que tous ces points là sont très importants pour transmettre des informations. Bref, elles ne sont qu’un format littéraire qui est pour le moment assez mal utilisé, mais qui possède un certain potentiel pour partager une réflexion.

Comment faire ?

La solution que je propose est la suivante : il faut réussir à conter une histoire à travers la liste.

Insister sur une réflexion qui rassemble tous les points de la liste, et qui aille plus loin. Offrir un message à emporter, général. Les différents points deviennent différents paragraphes d’un sujet plus global abordé.

D’excellents exemples se trouvent sur le site Cracked, comme ce 4 raisons pour lesquelles les flics US sont soudainement terrifiants, qui au-delà des anecdotes éparses nous offre un tableau très clair sur la militarisation en cours de la police aux USA.

À titre d’exemple perso, j’aurais pu intituler mon épisode « À quoi sert un pénis ? » différemment : « 8 façons surprenantes d’utiliser un pénis » ou même « Ces animaux utilisent leurs pénis pour différentes fonctions. Vous ne devinerez jamais la dernière ! », parce que techniquement c’est une LISTE.

La différence avec un Top classique est, je pense, d’avoir expliqué l’histoire évolutive générale des pénis avant les 8 exemples, et d’avoir porté un message général sur ce que tout cela nous raconte sur l’évolution après les exemples. Bref, offrir une réflexion qui dépasse le cadre des points présentés. Je ne dis pas que cette vidéo est parfaite mais elle a le mérite d’illustrer que l’on peut aussi raconter une histoire générale, faire réfléchir et même faire de la mise en scène autour d’un Top.

Il n’y a pas de raison que ce format-là reste séquestré par les cyniques de tout poils qui veulent pêcher des clics alors… bougez vous et soyez créatifs avec !

 

Tous les gifs viennent d’ici : http://giphy.com/ . Giphy, c’est la vie.

D’autres lectures sur le sujet (pro / cons) :

http://www.huffingtonpost.com/the-university-of-central-florida-forum/an-open-letter-to-list-articles_b_4268725.html

http://www.theguardian.com/books/2013/nov/12/listicles-articles-written-lists-steven-poole

http://www.wordriot.org/archives/7663